18/11/2009
Noël traîne des pieds…
Noël approche, lentement, très lentement à cause du temps qui se maintient à la frontière de l'été indien. Températures douces, nuages noirs qui oublient d'ouvrir leurs vannes, petites feuilles de micocouliers qui, poussées par le vent, courent sur le bitume comme une volée d'écolières.
De temps en temps, il fait un peu plus frais. Alors, nous allumons le poêle. Les flammes se tortillent dans l'âtre. Plume, la chatte blanche s'endort en boule sur une chaise. Mais Noël reste dans le lointain. Il astique probablement ses flocons et caresse ses cristaux. Il songe aux jours de sa jeunesse, quand les cadeaux étaient simples et les menus légers. Il faut dire qu'il se fait vieux. Pensez donc, plus de deux mille ans ! Quand il est né là-bas, dans une étable crasseuse, personne n'aurait donné cher de la suite. Et pourtant, il a traversé les siècles et les civilisations. On lui a adjoint quelques comparses, un sapin décoré avec magnificence, un Père Noël et son traîneau, treize desserts. Mais savoir que si peu de gens le connaissent vraiment, lui fend le cœur. Au fil du temps on l'a vidé de sa substance. Il était modeste on l'a affublé de clinquant. Il était sobre, on l'a gavé de foi gras et de dinde aux marrons. Il était généreux, on l'a paré d'égoïsme et d'indifférence. Alors Noël soupire. Il traîne des pieds pour venir nous rejoindre. Il dit à l'automne : "Prends ton temps, rien ne presse."
J'espère qu'il jettera un œil sur terre, et qu'il verra qu'il reste, çà et là, au milieu des orgies de dépenses et des cœurs secs, des groupes lumineux où l'on prend soin des autres, où celui qui est seul trouvera une porte ouverte, où celui qui a froid pourra venir se réchauffer. Alors Noël reprendra courage, convoquera la neige et le vent, fera chuter les températures et s'écriera : "J'arrive ! "
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